lundi 18 juin 2018

Compte rendu du Marathon de la baie du Mont Saint Michel 2018



Ma dernière course a eu lieu il y a trois semaines. Et si j’écris ce récit aujourd’hui seulement c’est parce que je n’ai réussi à me remettre à courir que la semaine dernière. C’est important, je pense, de pouvoir prendre assez de recul, surtout cette fois-ci, tellement cette course fut éprouvante.

Pour courir mon marathon annuel, j’avais (après avoir fait deux fois celui de Paris) opté pour celui du Mont Saint Michel. L’envie de changer, mais le besoin aussi de courir un marathon avant l’automne afin de me qualifier pour une course importante m’avais fait choisir cette course, souvent citée comme une des belles en Europe.

J’avais un peu peur car je savais que le parcours était particulièrement exposé au vent, je savais aussi qu’il pouvait y faire très chaud, la course étant programmée relativement tard dans le printemps. Elle a eu lieu le 27 mai.

Je ne m’étais pas trompé.

Un an s’était écoulé depuis mon dernier record perso sur marathon (Paris 2017), en 2h 59m. Depuis cette course, j’ai amélioré mes records 2 fois sur 10 km et 2 fois sur Semi. J’ai aussi commencé à utiliser, depuis janvier, Fréquence Running, une appli pour réaliser et gérer mes plans d’entrainement. C’est grâce à cette appli que j’ai frôlé les 1h 20m sur semi. Cela m’a réellement permis de hausser mon niveau, en m’entrainant de manière plus intensive, plus sérieuse, sans aucune blessure ni douleur. J’étais vraiment confiant dans mes capacités et si mon objectif de 2h 45m peut paraitre très ambitieux (il l’était), il était quand même réalisable. Peut-être dans d’autres conditions, peut être avec une meilleure prépa, sans doute avec plus de travail…

Objectif 2h 45m

Au départ, je suis étonné de la taille du sas préférentiel. On est tellement peu nombreux que je me retrouve en première ligne. La différence entre partir d’un sas préférentiel d’un autre sas, c’est que dans les autres sas, tout le monde se pousse pour partir devant les autres. Dans celui-là, tout le monde se mettait au fond, en attendant que les coureurs plus rapides prennent les premières places. A la fermeture des sas, je me retrouve malgré tout sur la ligne de départ, en première ligne (je m’étais bien sûr mis sur le côté). J’avais l’impression que tout le sas allait courir beaucoup plus vite que moi. Je ne pensais pas être franchement à ma place. Le record de l’épreuve étant de 2h08, je m’imaginais que les premiers allaient courir dans ces eaux-là. Mais non. Ces moments passés tout devant le peloton, sur la ligne de départ en attendant le coup de pistolet étaient quand même franchement excitant. Je ne tenais plus en place, j’avais envie d’en découdre, j’étais surmotivé. Quand le départ a été donné, j’ai été surpris d’avoir la même allure que les autres coureurs de mon sas. Deux gars sont certes partis beaucoup plus vite, à une allure folle, mais ils couraient le duo-marathon (marathon en relais, ils ne couraient donc que la moitié de la course). Je me suis retrouvé au premier km avec deux autres coureurs. On a couru ensemble. Mon allure cible était de 3min 55sec au kilo, on était à 3min 45s / 3min 50s. Je ne savais pas encore que les deux de devant qu’on ne voyait déjà plus était en fait des duos, je pensais donc qu’on était tous les trois 3eme, 4eme et 5eme. Je savais que mon allure était trop rapide, mais je pensais simplement être parti un peu trop vite, et comptais pouvoir temporiser un peu après le 10eme km. C’est ce que j’ai fait, mais pas dans la bonne mesure.


Au 5ème km, l’un des deux avec qui je courais a demandé en combien on allait le courir. L’autre a répondu 2h41, le premier visait 2h39. Avec mes 2h45, je pensais pouvoir faire 2h44, je n’étais pas très loin derrière. Et pourtant…

Partir trop vite est une erreur de débutant. Je m’en veux énormément d’avoir fait cette erreur. Comme si je n’avais rien appris en plus de 6 ans de running et plus de 10 courses. Mais j’ai l’impression que je n’avais pas le choix, je devais faire cette erreur. Ou en tous cas, je devais être aussi rapide si je voulais avoir une chance d’atteindre mon objectif. Rapidement, l’écart s’est creusé entre nous et les autres.

10 km : c’est un peu tôt pour craquer

Je devais donc m’accrocher, il faisait déjà chaud et j’avais peur de me retrouver seul, sans profiter du rythme de personne, au milieu de cette nature. En arrivant au 10km, je sentais que je ne tiendrais pas si je ne prenais pas mes précautions. J’ai alors ralenti, pris un gel, puis de l’eau au ravitaillement, en laissant les deux autres prendre un peu d’avance. Mais après avoir passé le ravitaillement, 10 mètres nous séparaient et je n’arrivais pas à accélérer pour les rattraper. Je n’avais plus leur rythme pour me caler sur leur foulé, j’ai donc inévitablement ralenti. C’est là que je me suis rendu compte à quel point j’étais parti trop vite, en voulant le faire « aux sensations ». Je n’avais vraiment pas l’impression d’avoir été trop rapide avant ce moment-là. Seul le rythme affiché sur ma montre me le montrait. J’aurais dû plus m’y fier. C’est une fois qu’ils avaient pris beaucoup plus d’avance que la moto qui passait noter nos numéros de dossard (qui était déjà passée puiseurs fois depuis le début de la course) s’est porté à ma hauteur, l’homme à l’arrière a noté mon numéro, puis il a dit :
« Les deux tout devant font le duo, t’es troisième »
Je l’ai fait répéter, pour être sûr d’avoir compris. Je pensais être 5ème, je me retrouve 3ème, ça ne changeait absolument rien, j’ai juste été un peu plus motivé pour m’accrocher, au cas où j’aurai pu garder cette place.

A la mi-course j’avais été doublé par un paquet de personnes. Le problème est que je ne savais pas lesquels couraient le marathon et lesquels faisaient le duo. Tout ce qui m’intéressait à ce moment était mon chrono, et de finir cette course. Au fur et à mesure de la course, ce premier objectif allait perdre de l’importance au profit du second, jusqu’à s’inverser complètement. Au semi j’étais à 1h22m. Pile dans mon objectif. Mais je ne me faisais pas d’illusion sur la suite de la course.

D’habitude c’est à parti du 30ème (ou 35ème) que j’écris « le reste a été un calvaire » cette fois-ci je dois l’écrire maintenant : le reste a été un calvaire.

Il faisait chaud, on voyait le Mont Saint Michel par intermittence, toujours aussi beau, mais toujours aussi loin. Il y avait du monde sur le bord de la route, mais pas de manière très régulière non-plus. Les réflexions des gens étaient clairement audibles du genre « ils doivent avoir chaud ». La chaleur n’était cependant pas le seul pépin : les crampes sont venues très tôt. Je buvais à chaque ravitaillement, mais les crampes continuaient, peu après avoir jeté ma bouteille. A chaque fois. Ce n’étais pas très douloureux mais c’était surtout très angoissant, j’avais peur de la grosse crise de crampes qui m’immobiliserait complètement et me forcerait à finir en marchant.

J’ai réussi, tant bien que mal à finir. Plus les kms passaient, plus l’état des coureurs que je croisais (qui me doublait surtout, l’inverse était rare) ressemblait au mien. Les derniers kms ont été horribles, j’avais brûlé, j’étais vidé, j’avais des crampes, il faisait chaud, on était en plein soleil. Il y avait à cet endroit beaucoup de monde sur le bas-côté. La course se termine par une très grande ligne droite, une interminable ligne droite. Ici les gens courent avec nous, ils sont tous à fond, c’est super. Mais c’est dur. Un gars qui vient finir la course avec un de ses potes coure quelques mètres avec moi, il lance même la conversation :
« - ça va ma poule ? - c’est dur là - t’inquiète c’est fini, plus que 50m »
Je ne sais pas qui était ce gars mais merci à lui.

En arrivant, ma montre indiquait 3h 04m 38s, ce sera mon temps officiel. Après avoir passé la ligne, j’étais énormément soulagé d’être arrivé, d’avoir fini la course et d’avoir tenu le coup. Mais je m’en voulais beaucoup d’avoir fait cette erreur au début, de partir à un rythme plus élevé. Même si c’est ce que j’ai l’habitude de faire, je sais qu’en élevant mon niveau ce sera plus difficile et si je veux avoir une chance de courir un jour un marathon en 2h45m, il faudra que j’apprenne à être régulier sur 42km.

Ma déception vient aussi du fait qu’avec ce chrono, je ne pourrais pas courir la course pour laquelle je voulais me qualifier. Ce n’est que partie remise, je réessaierai l’année prochaine, probablement sur le Marathon de Paris. J’en parlerai à ce moment-là sur le blog.

Le temps de récupération physique a été très long, j’ai vraiment mis du temps à reprendre mes esprits à la fin de la course. Puis j’ai eu une crise de crampes qui m’a valu un petit voyage sur le brancard de la croix rouge pour voir les kinés. Enfin, j’ai mis plus de deux semaines à retourner courir. J’ai été beaucoup plus affecté dans ma tête que dans mon corps, même si j’ai mis 4 jours à remarcher normalement, j’ai mis beaucoup plus de temps à arrêter de penser qu’à cette course, non pas seulement de l’échec mais aussi des sensations incroyables et diverses que j’ai vécu en l’espace de 3h04m et 38s, entre les moments complètement irréels que j’ai passé en tête de la course, les moments de souffrance seul au milieu de nulle part et les moments où j’ai progressivement réalisé que ni mon objectif ni mon record perso ne seraient atteints cette fois-ci.

Cette course a donc été la plus difficile que j’ai eu à courir depuis que je me suis mis au running. C’est aussi surement celle qui m’a le plus appris. La prochaine fois que je prendrai un départ sur marathon, je serai encore plus fort de cette expérience, et alors, qui sait ce qui pourra se passer ?




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