mercredi 10 mai 2017

Nike Breaking 2 : un échec épique !


Nike a tenté de réaliser un exploit considérable. Il était question de faire passer un marathonien sous la barrière des 2h. Cette barrière est considérée par beaucoup de spécialistes, d’infranchissable par l’homme. Mais Nike a voulu prouver que tout dépendait des conditions dans lesquelles était l’athlète. Ils ont donc sélectionné 3 athlètes, réservé un circuit de Formule 1 (Monza, en Italie), recruté pas loin de 35 lièvres parmi les meilleurs athlètes du monde et ont développé une stratégie pour réunir toutes les conditions pour faire courir 42,195 km à un homme en 1 h 59 m 59 s, ce qui inclue évidemment, en tant que marque de sport, des nouvelles chaussures (les Nike Zoom Vaporfly 4%).

Samedi dernier, Eliud Kipchoge (32 ans, Kenyan) a donc bouclé les 42,195 km en 2 h 00 m 25 s. Il était accompagné de Lilesa Desisa (27 ans, Ethipien) et Zersenay Tadese (34 ans, Erythréen). S’ils ont bien réalisé la distance du marathon, ils n’ont pas couru dans le cadre d’une course officielle. La principale différence est qu’ils pouvaient se ravitailler quand ils le souhaitaient et qu’ils étaient accompagnés d’une trentaine de lièvres qui se relayaient dans une configuration particulière (en triangle : 1 en pointe, 2 derrière lui et 3 juste devant les trois athlètes). Ces mêmes lièvres couraient derrière une voiture affichant le temps. Le ravitaillement était assuré tout au long du parcours. Pour ces raisons, le temps ne sera pas validé comme record du monde. Mais ce n’était pas le but de Nike en organisant cet évènement, ils voulaient simplement faire un coup marketing en concentrant sur une épreuve, un projet précis, toutes les innovations dont ils sont capables pour réunir les conditions nécessaires pour passer la barrière des deux heures.
Quand vers le 16ème Kilomètre Desisa, le plus jeune des trois, a craqué, il s’est laissé distancer et 3 lièvres l’ont accompagné. Il a fini la course en 2 h 14 m. Tadese, lui, a résisté plus longtemps car c’est au 30ème km qu’il a laissé le monstre kenyan prendre un peu d’avance. Petit à petit l’écart entre les deux s’est agrandi et Eliud Kipchoge, sans surprise, est le seul à avoir réellement eu sa chance sur cette épreuve. Il est important de rappeler que l’homme est champion Olympique de Marathon.



Si la performance de l’homme est à saluer, les objectifs de Nike sont plus discutables car marketing, et les conséquences sur le sport sont assez ambigües. En effet, Nike a développé une nouvelle paire de chaussures pour cela. Forcément, elle se vendra. Mais le reste de toute cette organisation a permis de faire en sorte de pouvoir dire : « avec cette paire de chaussures, Kipchoge fait 2 heures et 25 secondes ». Mais en réalisant cet évènement, Nike a surtout fait perdre de l’intérêt aux courses officielles, et si un évènement semblable était organisé par ses concurrents, la surenchère créerait une sorte de championnat de ces courses sans règles, et plus personne ne courrait (en tout cas pas les athlètes sponsorisés) de courses traditionnelles où les règles font partie de la compétition, justement pour le bien du sport.

Regarder Kipchoge courir pendant 2h, c'est apprendre plus qu'en 3 mois de course à pieds

D’un point de vue sportif, Nike a surtout essayé de passer sous la barrière des 2h… et a échoué. Ceci est très important, car vu l’ampleur de l’évènement, on peut faire confiance à la marque d’avoir TOUT essayé, en tout cas tout ce qui était en leur pouvoir. Ils ont ensuite utilisé un athlète qui a toutes les capacités pour battre le record du monde, et qui ne l’a pas fait par manque de chance (Berlin 2015). Regarder Kipchoge courir un Marathon, c’est apprendre plus qu’en 3 mois de course à pieds. Alors si la technologie, la science de la course, les conditions (Nike avait réservé le circuit de Monza pendant 3 jours, pour pouvoir planifier la course au moment le plus propice selon les conditions) et les talents étaient réunis, que manque-t-il pour pouvoir passer sous les 2 h ? La question reste entière, Kipchoge semblait dire que c’était un entraînement plus intense, Nike semble dire que rien n’expliquait cela, en gros, c’est la part d’incertitude, le côté imprévisible de notre sport, qui, comme dans tout autre sport, fait que la compétition est belle, que l’exploit est grand, et que celui qui le réalise mérite le respect.
"The World is 25 seconds away" Eliud Kipchoge
Et ce matin du 6 avril 2017, Kipchoge, accompagné de Tadese, Desisa et d’une armée de lièvres, sous la protection d’une grande marque américaine, a marqué de ses pas l’histoire d’un sport, intimement lié à la nature de l’être humain, toujours en proie, depuis le début de l’évolution de notre espèce, à devenir meilleur qu’il n’était hier.


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