mercredi 19 avril 2017

Mon Marathon de Paris 2017

Si vous avez lu mon dernier article, vous savez que je me préparais depuis 10 semaines au Marathon de Paris 2017. Il a eu lieu le 9 avril et c’était mon deuxième marathon. Mon premier étant le même, l’année précédente. Mon record était de 3 h 11 m 45 s, chrono plus qu’honorable pour un premier marathon. Je ne reviens donc pas sur ma préparation que vous pouvez relire ici.
La veille, j’avais mangé des pâtes à midi et le soir, j’avais préparé, en suivant le même rituel très précis, mes affaires et mon mental. Je m’étais couché tôt, vers 23h30, en sachant que je ne trouverai pas le sommeil avant un moment. C’est vers minuit et demi que je me suis endormi, avant de me réveiller 4h plus tard, une demi-heure avant mon réveil, de manière tout à fait naturelle. Il m’arrive souvent de jouer les prolongations dans mon lit le matin, mais bizarrement, jamais avant une course. Je me lève donc vers 4h45, et commence mon petit déjeuner. Je connais l’importance de manger le plus tôt possible avant un marathon : le départ de mon sas étant prévu à 8h22, il ne faut absolument plus rien manger après 5h30. Je mange donc lentement, un œuf, du muesli (pas de lait, ni de yaourt), une compote de pomme, une banane, un café, une tranche de jambon avec un peu de pain complet. Je mange lentement, en mastiquant bien, je sais que la digestion à elle seule peut faire basculer une course d’un exploit épique à un chemin de croix infernal. Pendant ce temps, je me prépare mentalement. Je retrace le parcours dans ma tête, je regarde les temps de passage prévu pour mon objectif de 3 h... Ils m’ont l’air titanesques. Je me dis que je n’y arriverai sûrement pas, mais je sais que je donnerai tout pour y arriver, et que je ne regretterai rien, si je faisais comme si c’était possible. Après ça, je prends une boisson énergisante et de l’eau, et je me prépare : douche etc.… Je suis prêt, en tenue, avec mon dossard et tout. J’enfile un jogging par-dessus mon short, un sweat par-dessus mon t-shirt, et je me pose sur le canapé, pour digérer tranquillement, en attachant mon bracelet « pace your race » où sont notés mes temps de passage à chaque étape du parcours et en regardant l’état du métro ce matin sur mon téléphone. Vers 7h, je passe aux toilettes, prend une petite pastille pour éviter tout problème gastrique durant la course (j’ai été très marqué par la mésaventure de Yohann Diniz au JO de Rio…), et sors dans la rue.
Là, le jour ne s’est pas encore levé, j’ai mes écouteurs dans les oreilles (je n’écoute pas de musique pendant les compétitions, mais toujours avant). Dans le métro, c’est (presque) l’heure de pointe. Nous sommes dimanche, à 7h du matin et pourtant, il n’y a pas de places pour s’assoir. Je descends à Victor Hugo, alors que le gros des participants au marathon s’entasse à la station Charles de Gaulle Etoile. Il me parait important de rester le plus longtemps possible dans ma bulle. La confrontation lors d’une compétition doit se faire uniquement sur la route, dans l’effort, pas avant. Alors je ne pense qu’à moi, avant de partager le bitume, la sueur et les larmes avec les 57000 participants annoncés. Je rejoins l’avenue Foch, j’ai un peu de temps devant moi, le contrôle de sécurité passe rapidement, je n’ai pas grand-chose dans mon sac (des abricots secs, de l’eau, une bouteille de boisson de récup et mes chaussures). J’arrive devant la consigne pour y laisser mon sac, j’enlève mon jogging, mon sweat, mes écouteurs, j’enfile mes chaussures pour la course, fait consciencieusement mes lacets. Chaque détail compte ici. Je lève les yeux, reste quelques instants à contempler le paysage, le soleil se lève dans l’arc de triomphe, je trouve cela beau, la lumière est dingue, la journée s’annonce chaude, le temps clair. Je sors mon portable, prend une photo, la poste sur Snapchat et l’envoie à ma famille, je lis les 2 ou 3 messages de soutiens des plus lève-tôt de mes supporters (mon père et ma copine). Je range tout dans mon sac, le dépose à la consigne et me dirige vers les Champs Elysées, où le départ sera donné.
Je me glisse dans mon sas. Malgré ce qui était écris sur le site, je n’ai pas eu besoin de justifier de ma performance pour m’inscrire en sas 3 h… Je repère le meneur d’allure quelques dizaines de mètres devant moi, on se regarde avec les autres concurrents, on est tous dans le même bateau. On se concentre, le départ des handis est donné, on saute sur place, on essaye de faire monter le rythme cardiaque, mais on n’a pas de places, tous serrés, je sais que c’est pire dans les sas derrières nous, l’organisateur nous demande de faire le signe Paris 2024 pour la photo, tout le monde fait un truc différent, le gars devant moi fait le signe de la team Jul… je suis dépité !

Puis le départ est donné, la descente des Champs Elysées s’effectue sans problème, très (trop) rapidement, on arrive à la concorde, 2 km sont déjà bouclés (plus que 40,195 !!!), et là, très grosse frayeur : j’ai super chaud ! S’il fait aussi chaud à 8h30, qu’est-ce que ce sera à 11h30 ? J’ai l’impression que la place de la concorde est chauffée, mais cette impression disparait dès que l’on arrive rue de Rivoli, où le rythme se stabilise, les coureurs qui ont le même rythme se retrouvent ensemble, je vois bien que je suis beaucoup trop rapide par rapport au rythme de mon objectif. Mon objectif est de 3h, je dois donc courir en 4’16’’ par kilomètre, je suis entre 4’08’’ et 4’09’’ sur les 5 premiers km. Au 5ème kilomètre, mon temps est de 20 min 55 sec au lieu de 21 min 15 sec mais comme j’ai de sérieux doutes quant à ma capacité à finir le marathon en 2 h 59 min 59 sec, je prends le partie de courir plus vite au début. Tout le monde sait l’importance de ne pas partir trop vite mais je crois savoir que le négative split n’est arrivé qu’une fois sur le marathon de Paris, je sais donc que je n’ai aucune chance de réussir à maintenir un rythme quel qu’il soit lors de la deuxième moitié de course. Alors autant prendre de la marge avant. Mais surtout, je me sens très bien avec mon rythme, je n’ai pas envie de me brider, j’ai d’excellentes sensations et je veux en profiter. Alors je continue sur ma lancée, je boude le ravito du 5ème Kilomètre, je prends un peu d’eau au 10ème, je dépasse dans le bois de Vincennes les deux meneurs d’allure 3 h (qui étaient partis tous les deux avant moi). Je sais que je suis plus rapide que mon objectif, mais je n’ai pas le sentiment d’être trop rapide pour moi. Je me prépare en fait dès maintenant à la fin de la course qui, je le sais, va être extrêmement douloureuse.

Je passe au semi en 1 h 28 min pile. J’ai 1 min 39 sec d’avance sur mon objectif, si je continue sur le même rythme, j’arriverai vers 2 h 57 min. Je sais que ce ne sera pas le cas. C’est maintenant que je dois penser à ralentir. Mais l’arrivée sur les quais vers le 22ème Kilomètre est assez grisante, je fais attention, stabilise plus mon rythme, me concentre sur mes sensations. La course a commencé depuis 1 h 30 min mais le marathon commence maintenant. J’attends le mur, je sais qu’il viendra. Et en sortant des quais au 30ème kilomètre, devant les hôtesses d’air France, je sens la douleur arriver. Je ralenti, mon quadriceps droit tressaute, des mini crampes sont là pour annoncer l’arrivée de « the big one » qui peut me faire arrêter brutalement ma course. Nous sommes au 30ème kilomètre, je suis dans le dur, je tape le mur 5 kilomètres avant celui de l’année dernière. J’ai encore 12 kilomètres à faire, je prie pour que la crampe ne se déclare pas. En tout cas pas tout de suite. Je ressens une légère douleur, mais rien de bien méchant. Je raccourci ma foulée, ralenti ma course, prend de l’eau au ravitaillement et mange un gel énergétique. J’en ai 4, j’ai prévu d’en prendre un au 25/30/35 et 40, je n’en ai pris finalement qu’au 25 et au 35. C’est efficace. Je continue à avancer, mon temps au 30ème kilomètre est de 2 h 05 min 31 sec, au lieu des 2 h 07 min 30 sec prévus par mon objectif. J’ai deux minutes d’avance. Au 35ème kilomètre, je n’ai plus que 42 sec d’avance sur mon objectif. A ce moment-là, je crois avoir une ampoule (je verrai à l’arrivée qu’il n’en était rien). J’ai très mal au pied (tendon d’Achille droit, et orteils gauches). Mes chaussures, que je n’avais pas essayé sur les longues distances (mea culpa), et dont j’étais très satisfait depuis le début de la course, deviennent inutiles. J’ai l’impression d’être en contact direct avec le bitume. Ma foulée n’est plus la même qu’au début de la course, mon talon absorbe beaucoup plus les chocs, ce qui me fait mal. Il ne reste plus que 7 kilomètres, et ma course va se jouer là. Je me fais rattraper par le premier meneur d’allure 3 h, qui était partie 500 mètres avant moi, donc même en étant derrière lui, mon temps serait de moins de 3 h. Je le laisse donc me doubler, non sans essayer de prendre son rythme. Je n’y arrive pas, et le laisse partir. Le deuxième arrive, je me cale sur son rythme, je suis conscient d’avoir perdu du temps mais je sais que je suis toujours dans mon objectif. J’essaie alors de stabiliser mon rythme sur celui du meneur d’allure, afin d’essayer de grappiller quelques secondes au chrono. Cette fois-ci j’arrive bien à prendre le rythme, j’ai assez d’énergie, mon mentale ne faibli pas, j’ai juste mal aux cuisses et aux pieds. Grâce aux encouragements du meneur d’allure, je passe le 40ème kilomètre à 2 h 50 min et 1 seconde… soit avec 2 secondes de retard sur mon objectif. Et là, c’est l’électrochoc…

Je comprends que j’ai perdu toute l’avance que j’avais et que si je fini sur un rythme normal de 4’16’’ par kilomètre (mon rythme objectif 3 h), je terminerai le marathon en 3 h 00 min et 1 sec. Et cette seconde là, dans mon esprit, c’est IMPOSSIBLE de la laisser me pourrir mon chrono. Je veux faire moins de 3 h, je n’échouerai pas à 2 secondes de mon objectif, après avoir passé les ¾ de la course avec plus de 30 secondes d’avance… Alors j’accélère, le bois de Boulogne est un enfer, il fait chaud, il y a du monde, beaucoup de marathoniens sont en train de marcher, l’un d’entre nous se fait d’ailleurs évacuer par la Croix Rouge, je ne pense plus au meneur d’allure, je le quitte au moment où je l’entends dire : « plus que 3 kilomètres, mais dites-vous bien que le dernier, il compte pas ! » (Ah bon ? Ok, si tu le dis !).
Je donne tout, je n’ai plus de repère de chrono, ma montre indique un rythme moyen de 4’13’’ par kilomètre, je crois qu’elle exagère, j’accélère, je sors du bois de Boulogne, je regarde sur le côté droit de la route, ma copine m’a dit qu’elle serait là, mon père aussi. Je les cherche du regard sans ralentir, je ne les vois pas, je passe le 42ème kilomètre, je ne pense plus à rien, je lâche les chevaux, j’arrive sur le tapis vert, je lève les bras, ma montre indique 2 h 59 min, je passe la ligne d’arrivée, je m’arrête de courir mais continue d’avancer, les mains sur la tête, je reprends mes esprits, je sais que j’ai réussi. Je regarde ma montre, elle indique 2 h 59 min et 9 sec.

Le temps officiel sera de 2 h 59 min 06 sec. Je ne veux pas m’assoir, j’ai peur d’avoir des crampes, j’ai déjà mal aux jambes. Je pleure. J’ai souffert, mais j’ai réussi. Je viens de faire ce que je croyais être impossible. Je retrouve mon sac, non sans avoir vidé une petite bouteille d’eau, mangé une demi banane et des abricots secs. La fille à la consigne me dit « déjà là ? » je lui réponds, « j’ai fait aussi vite que j’ai pu ». C’est drôle, mais ce qui est con, c’est que c’est vrai.
Je retrouve ma copine avec mon père, ma mère et ma sœur, j’étais en larme 2 minutes avant.

J’ai réussi un exploit, ils n’en reviennent pas, ma mère m’explique qu’elle a stressée tout le long de la course, je leur parle, des heures durant, de ce que j’ai vécu, de ce que j’ai fait. Je vois que la fierté dans leurs yeux a pris la place de l’incompréhension. Ils se rendent compte de la souffrance que j’ai vécu, et de l’exploit que c’est, de finir un marathon en moins de 3 h.


3 commentaires:

  1. Très beau récit et belle gestion de course ! en te lisant, j'avais vraiment l'impression d'y être. Ta montre indique le temps moyen au km ? si oui, c'est un outil précieux.
    Je cours le semi marathon d'Annecy dimanche 30 avril, j'ai hâte d'être ce jour-là. ce sera mon 7ème semi, le dernier remonte à 2013. Mon record est 1h51 et j'espère bien descendre en dessous...
    Et ta prochaine course ?
    Il y a début octobre le marathon de Lyon ("runnin'Lyon") ça te tente ? Je me lancerai bien sur marathon à cette occasion.
    Jean-Benoit.

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    1. Hello Jean-Benoit, merci pour ton message, heureux que l'article t'ai plu!
      Oui, ma montre est une Tomtom runner (je viens d'acheter la 2), elle indique mon rythme moyen au km, ma vitesse, mon chrono, etc... C'est effectivement bien pratique!
      Bon courage pour ta course le 30 avril, et bonne fin de prépa, tu me tiendras au courant.
      Ma prochaine course est un 10km à Paris en juin, je pense aussi faire le Runnin'Lyon mais "seulement" le semi, pour faire un marathon plutôt au printemps 2018 (j'aimerai bien faire celui de Londres).
      A ta disposition pour en parler, bonne continuation, et à bientôt.
      Thomas

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  2. Je suis bluffé. C est super intéressant. Effectivement. Je te dis un très grand bravo. Et pour la course, évidemment, mais aussi pour la prose, prenante. Bises Dom

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