jeudi 27 avril 2017

Marathon : Gérer l’après-course

Les articles et les avis ne manquent pas sur l’épreuve reine de notre sport. Faut-il courir un marathon ? En combien de temps ? Comment s’entraîner ? etc…
Mais une question est beaucoup moins abordée : Et après ?
Car si les 42,195 km sont aussi mythiques et concentrent autant d’attention, c’est aussi parce que cette course n’est pas anodine. Pour votre corps et votre santé physique, évidemment, mais aussi pour votre mental et votre moral. Vous vous êtes entraîné pendant de long mois, c’est une course que vous ne courrez qu’une fois par an (ou un peu plus pour les plus téméraires), certains mettent des dizaines d’années à se lancer. L’objectif se doit d’être toujours réaliste, mais il n’est pas souvent facilement réalisable, et forcément, que l’on soit absolument passionné par la course à pied ou juste assez motivé, si on se lance sur un marathon, que l’on atteigne son objectif ou pas, dans la tête, ça laisse des traces !
"Si tu veux changer ta vie, cours un marathon" Emil Zàtopek
Le grand Emil Zàtopek disait que courir un marathon changeait une vie. Et tous les marathoniens le savent, il faut être un peu fou pour se lancer. Alors après, quand on a réalisé notre exploit personnel, en terminant un marathon, et parfois avec un chrono qui nous satisfait, on ressent un certain vide. La course à pied est un sport que l’on pratique régulièrement, et l’objectif du marathon se prévoit au moins un an à l’avance. La préparation est très lourde, très prenante, et dure de longs mois. C’est donc bien normal de ressentir ce vide, passé la période de récupération où notre seule préoccupation est de se reposer, le manque d’objectif nous fait se sentir inactif et nous fait un peu cogiter sur la suite. De plus, là où les autres courses sont souvent des étapes (5 km, 10 km, 15 km, semi) le marathon est souvent, parce que la distance la plus longue sur route, la dernière de ces étapes.
On se retrouve donc seul, sans objectif nouveau, sans but, et l’objectif qu’on s’était fixé parfois dès nos débuts en course à pied nous a quitté.
De plus, l’importance que l’on a attribué à cette compétition pendant toute la durée de la préparation est aussi responsable de notre mal-être après la course. On a placé cette compétition au sommet de nos préoccupations pendant 10 semaines minimum. Notre objectif a été, pendant tout ce temps, la chose que l’on désirait le plus. Alors quand on a réussi, on a presque plus l’habitude de vivre sans avoir cette pensée obsédante d’aller s’entraîner, de bien s’alimenter et d’atteindre notre objectif.
Alors quand cet objectif a été atteint, la fierté et la satisfaction que l’on éprouve pour soi-même et que les autres éprouvent aussi pour nous, peuvent être à double tranchant. Car à moins d’être un athlète professionnel, nous avons une vie en dehors de la course à pied, et l’importance qu’a pris cette passion dans notre vie pendant ce laps de temps est démesuré, on a fait de la place dans notre vie pour ça, en sortant moins, en se levant plus tôt, en sacrifiant certaines activités au profit de la course à pied. Alors bien sûr, on continue d’aller courir, mais pendant un moment, ce n’est pas la même chose. Enfin, quand on réussit quelque chose d’un point de vue personnel ou professionnel, les émotions, l’engouement des autres et notre fierté personnelle n’est pas la même que lorsque l’on atteint l’objectif que l’on s’était fixé sur le marathon que l’on vient de finir. Alors notre vie en dehors de la course à pied semble moins réussie, plus tranquille, moins exceptionnelle.
Pour remédier à ce mal-être, ou plus précisément pour s’en sortir, et s’en sortir plus fort, il faut respecter son corps, en se reposant et sans se forcer, accepter de devoir se reposer. C’est important et c’est aussi comme cela que l’on progresse. Mais il faut aussi se trouver d’autres objectif, un 10 km quelques mois après, où l’on peut essayer d’aller chercher un RP, en profitant des effets bénéfiques de la préparation du marathon. Reprendre une vie « normale » en reprenant les activités que l’on avait délaissées pour nous consacrer à notre objectif (restau, sortie jusqu’au bout de la nuit, etc.). Il faut aussi savoir appliquer à notre vie quotidienne (dans notre travail, nos relations, etc.) ce que l’on a appris en progressant dans la course à pieds. Que cette préparation ne sert pas qu’une journée, mais aussi tous les jours. Votre préparation a entraîné votre mental, votre persévérance, votre volonté, en plus de votre physique. Votre exploit va vous permettre de relativiser les emmerdes du quotidien. Vous êtes sûrement capable de résoudre vos problèmes personnels et professionnels si vous avez été capables de vous forcer à finir ces 42,195 km.
Ces autres objectifs peuvent être la découverte de nouvelles courses (l’année prochaine, je fais celui de Lyon/Marseille/New-York/ etc).
Il est aussi possible, quand vous pensez vraiment avoir passer un cap, ou fait le tour de votre discipline, de vous lancer dans d’autres aventures, comme le triathlon ou le trail.
Alors, ne vous affolez pas si vous ressentez le « blues du marathonien » car, comme le jour de la course, nous sommes nombreux dans le même bateau, c’est aussi ça, être finisher…

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